(pour la partie historique, cf Alpacino66)
"De la fin du 19ème siècle aux années 1970, environ
650 000 Italiens ont choisi le Canada comme pays d'immigration. Cependant, contrairement à la plupart des pays, le Canada a accueilli plus du deux tiers de ses immigrants Italiens entre 1947 et les années 1970. Ces immigrants s'installèrent dans des Little Italy des grandes villes du Canada tels que Montréal (Québec), Toronto (Ontario), Hamilton (Ontario) et Windsor (Ontario). C'est dans ces entraves ethniques que se développa le crime organisé italien. Deux Mafias sont particulièrement implantées au Canada : la Cosa Nostra sicilienne et la 'Ndrangheta calabraise. Dans l'Ontario, la province la plus peuplée du Canada (12 541 410 habitants), la 'Ndrangheta est fortement implantée, notamment à Toronto, tandis que la Cosa Nostra sicilienne est plus présente à Montréal*. Au Canada, il existe de nombreux groupes criminels, tels que le West End Gang (gang d'Irlandais), les Hells Angels (gang de motards), les cartels asiatiques et colombiens, mais ce sont les Mafias italiennes qui sont les plus polycriminelles et qui ont le plus d'influence dans l'histoire du crime au Canada.
A Montréal, dans les années 40, les boss mafieux étaient les frères Vincenzo et Giuseppe et Francesco Cotroni, tous deux originaires de Mammola, en Calabre. Les Cotroni exportaient des tonnes d'héroïne au Canada, avant d'en envoyer la grande partie à New York, un des plus important marché mondial de la drogue. Ils travaillaient en collaboration avec des trafiquants de drogue Corses et marseillais, qui transformaient la morphine en héroïne d'une grande pureté dans des laboratoires clandestins situés dans la région marseillaise. A l'époque la borgata (Famille) de Montréal était une branche de la Famille Bonanno dirigée par Carmine Galante, à l'époque sous-chef du parrain Joseph Bonanno. Galante surveillait le travail de la faction de Montréal, aussi bien en ce qui concerne le trafic d'héroïne que les autres activités des Cotroni (paris, jeux clandestins). Le clan Cotroni envoyait près de 50 millions de dollars aux Bonanno chaque années.
C'est dans ce contexte que les mafiosi Siciliens arrivèrent à Montréal. D'abord, il y eu les frères Cuntrera ; Pasquale, Paolo, Liborio et Gaspare, qui immigrèrent entre 1951 et 1958. Les frères Cuntrera s'installeraient tous à la fin des années 60 à Caracas, Venezuela. Au milieu des années 60, les Manno, les Renda, les Cammalleri et les Rizzuto s'installèrent au Canada, suivis des frères Caruana ; Gerlando, Alfonso, et Pasquale. Toutes ces personnes étaient tous originaires de Siculiana et Cattolica Eraclea, des villages situés dans la province sicilienne d'Agrigento. Ils étaient des "uomini d'onore" (des hommes d'honneur), et avaient été hérités des valeurs mafieuses de leurs ancêtres.
Cependant, lorsqu'ils arrivèrent au Canada, ils ne furent pas accueillis avec enthousiasme par le clan Cotroni. Paolo Violi, alors sous-chef du clan, leur déclara qu'ils ne pouvaient pas encore faire partie de la borgata de Montréal. Selon les règles de la Famille Bonanno, il fallait que les nouveaux arrivant attendent cinq ans. Seulement après, il pourrait entrer dans le bizness du trafic d'héroïne. Ces règles déplaisaient fortement aux Siciliens, en particulier à Nicolò Rizzuto. Il réclama alors son droit de participer à des activités criminelles à Montréal.
A la fin des années 60, Paolo Violi prenait de plus en plus de pouvoir au sein du clan des Cotroni. Violi avait émigré de Sinopoli, en Calabre dans les années 50 avec ses frères Rocco, Francesco, et Giuseppe. Les Violi s'installèrent à Hamilton, Ontario, où ils commencèrent des activités criminelles de peu d'envergure. Au début des années 60, Violi déménagea à Montréal et fit connaissance avec Francesco "Le Gros" Cotroni, le frère de Vincenzo. Francesco gagnait sa vie dans des activités criminelles diverses, principalement l'extorsion au sein de la communauté italienne de St. Leonard, un quartier de Montréal, ainsi que la fabrication de fausse monnaie, et la vente d'alcool clandestin à Montréal et Toronto. Violi commença par travailler avec Francesco, puis se mit à fréquenter de plus en plus souvent Vincenzo Cotroni. Le 10 juillet 1965, Violi épousa Grazia Luppino, la fille du Parrain de la Mafia à Toronto, Giacomo Luppino, ce qui lui permit d'étendre son influence dans le monde de la pègre. Violi était vu comme étant le prochain successeur de Vincenzo Cotroni.
Mais à l'instant où Nicolò Rizzuto réussi finalement à entrer au sein du clan Cotroni, Violi eu un sentiment d'animosité à son égard. Paolo critiquait de plus en plus l'attitude ambitieuse de Rizzuto, et de son manque de respect à l'égard des Cotroni lorsqu'il ne l'informait pas de ses allées et venues. En effet, Nicolò voyageait souvent à Caracas et en Sicile, pour rendre visite à ses compatriotes Siciliens. Les rumeurs couraient comme quoi Rizzuto disait à qui veut l'entendre que la borgata de Montréal était mal organisée. Cotroni convoqua alors Rizzuto pour s'expliquer mais celui-ci refusa de venir. Violi demanda alors à ce que Nicolò soit exclu de la Famille de Montréal. Mais Cotroni refusait de prendre des mesures aussi extrêmes, sachant les risques que ceci pouvait entraîner. Il organisa des réunions avec des mafiosi de New-yorkais et Siciliens pour discuter du « cas Nicolò Rizzuto ». Durant le printemps 1972, plusieurs réunions eurent lieu à Montréal avec notamment Giuseppe Settecasi, le capoprovincia (chef de province) d'Agrigento, et des capi de la Famille Bonanno, Michael Zaffarino et Nicolino Alfano. Après une longue discussion les mafiosi décidèrent que Nicolò Rizzuto restait dans la Famille de Montréal. Violi avait perdu la face.
Malgré la décision des chefs, les tensions persistaient entre Violi et Rizzuto. Les rumeurs couraient comme quoi Violi avait mis un contrat sur la tête du Sicilien. Craignant pour sa vie, Rizzuto partit à Caracas rejoindre son allié, Pasquale Cuntrera. Les deux hommes arrangèrent un réseaux international de trafic d'héroïne. Selon le repenti Sicilien Tommaso Buscetta, qui a séjourné deux mois à Montréal, l'homme qui fournissait la grande majorité d'héroïne était Giuseppe Bono, le chef de la Famille de Bolognetta, un village au sud de Palerme (Sicile).
Au milieu des années 70, le gouvernement du Québec organisa la Commission de Renseignement sur le Crime Organisé (Commission of Inquiry on Organized Crime, CIOC) pour déceler les activités criminelles à Montréal. Plusieurs membres de la Famille de Montréal furent jugés et condamnés. Vincenzo Cotroni fut condamné à 1 ans de prison pour refus de coopérer, et Paolo Violi devint le boss par intérim de la Famille. En 1975 Violi fut convoqué par la justice et appelé à témoigner. Face à son refus de coopérer, il reçu également une peine d'un an de prison pour outrage. Alors que les Calabrais se faisaient arrêter un à un, les Siciliens restaient dans l'ombre, préparant minutieusement le renversement des frères Violi.
Les écoutes de la CIOC furent fatales à Paolo Violi. La dispute entre Violi et Rizzuto avait été suivie par la police pendant des années. Les autorités apprirent même qu'un mafioso Sicilien, Pietro Sciarra d'Agrigento, s'était allié avec Paolo Violi afin d'éliminer Rizzuto. Sciarra était recherché par la police italienne et s'était réfugié à Montréal dans les années 60. Sciarra fut appelé à témoigner devant la CIOC. Livide, il déclara aux procureurs qu'il ne connaissait pas la signification du mot "Mafia". Trois mois après son "témoignage", il fut exécuté le soir du 14 février 1976, alors qu'il sortait d'une salle de cinéma avec sa femme. Ironiquement, le couple venait de voir la version italienne du film Le Parrain. Un an plus tard, en février 1977, un des frères de Paolo, Francesco, qui était à la tête de la borgata de Montréal, fut également fusillé. Le meurtre de Francesco eu lieu alors que Paolo était en prison pour outrage. Cet assassinat marqua la fin du règne de Violi. Le 22 janvier 1978, deux mois après sa sortie de prison, Paolo Violi fut « invité » à jouer aux carte dans son ancien café-bar, qu'il avait vendu accidentellement à des Siciliens, Vincenzo et Giuseppe Randizi. Alors que Violi jouait aux cartes, deux hommes masqués sortirent de l'arrière du bar et tirèrent plusieurs balles sur le Calabrais. Violi avait alors 46 ans. Trois hommes furent plus tard arrêtés pour être impliqués dans l'assassinat de Paolo Violi. Ces hommes étaient Domenico Manno, le beau-frère de Nicolò Rizzuto ; Giovanni DiMorra et Agostino Cuntreta, un cousin des frères Cuntrera. Ils furent accusés de meurtres, mais furent finalement jugés coupable de complot d'assassinat. Manno et DiMorra furent condamné à sept ans de prison, et Cuntrera à cinq ans. Il y avait un quatrième suspect, Paolo Renda, le gendre de Rizzuto, mais celui-ci avait fui au Venezuela et était introuvable.
Le dernier des frères Violi, Rocco, fut fusillé en octobre 1980. La dynastie des Violi était bel et bien terminée. Vincenzo Cotroni, le parrain Calabrais, fut épargné en raison du respect qu'il gardait dans le monde de la pègre à Montréal. Il vécu tranquillement les dernières années de sa vie, profitant de la fortune qu'il avait accumulée. Il mourut en septembre 1984 d'un cancer, il avait 74 ans. Son frère, Francesco Cotroni était alors en prison tandis que Giuseppe était mort naturellement en 1979. Francesco continua dans le trafic d'héroïne jusqu'à sa mort en 2004, d'un cancer du cerveau. De nombreuse personnes pensent que Vincenzo Cotroni avait ordonné – où du moins approuvé – l'assassinat de Paolo Violi. A la mort de Cotroni, le règne des Siciliens pouvait commencer. Vito Rizzuto (né en Sicile en 1946), le fils de Nicolò qui avait été plus où moins forcé à l'exil à Caracas, réorganisa le crime à Montréal avec l'autorisation de son père. Vito organisa une atmosphère de paix avec les autres groupes criminels, propice aux affaires. Il demenda également l'autorisation aux Bonanno de fonder une Famille à Montréal, appelée Famille Rizzuto. Les chefs de la Famille Bonanno acceptèrent.
Nicolò restait à Caracas, mais faisait de temps en temps quelques visites à Montréal, pour s'assurer que tout allait bien. En février 1988, il fut arrêté et condamné à 5 ans de prison pour avoir été prit en possession d'1,5 kilos de cocaïne. Il revint à Montréal en 1993. Durant les années 80 la Famille Rizzuto fit fortune en important des tonnes d'hashish et de cocaïne par la côte Est de l'Atlantique. Le 30 novembre 1987, la police canadienne trouva près de 16 tonnes d'hashish. Le tout était estimé à près de 350 millions de dollars. En 1988, la police trouva de nouveau près de 32 tonnes de hashish libanais. Vito fut arrêté pour être suspecté d'être le dirigeant d'un réseaux internationale d'hashish, mais il fut à chaque fois innocenté.
Avec les profits du trafic de drogue, l'organisation de Rizzuto commença à investir dans des affaires légales (des hôtels, des restaurants, l'immobilier, etc.) L'influence des Rizzuto allait alors bien au-delà de la région Montréalaise.
En mai 1997, John Papalia, un membre de la Famille Todaro de la ville de Buffalo (état de New York) fut assassiné. Papalia était basé dans l'Ontario depuis des décennies et avait beaucoup d'influence sur le crime organisé local. Quelques mois plus tard, Carmen Barillaro, un fidèle lieutenant de Papalia, fut lui aussi assassiné.
Les Rizzuto avaient confiés ces deux contrats aux Musitano, des mafiosi Calabrais basés à Hamilton. Pasquale Musitano et son frère Angelo furent tout deux arrêtés et jugé coupable de meurtre au premier degré. Ils plaidèrent tout deux coupable après qu'un des tueurs, Kenneth Murdock, décide de collaborer avec la police. Les meurtres de Papalia et Barillaro voulaient tout simplement dire que la Cosa Nostra sicilienne avait maintenant le monopole du crime au Canada.
Le 20 janvier 2004, à 6 heures du matin, une équipe Antigang de la police Montréalaise frappèrent à la porte de la luxueuse villa de Rizzuto, au nord-ouest de Montréal. Il lui annoncèrent qu'il était en état d'arrestation et que les autorités Américaines l'accusaient du meurtre de trois capi des Bonanno, Philip Giaccone, Alphonse Indelicato, et Dominick Trinchera, le 5 mai 1981. Les polices Américaines et Canadiennes suspectaient depuis longtemps Vito d'être responsable de ces meurtres. Le FBI avait d'ailleurs une vidéo de Rizzuto, quittant un motel du Bronx le jour précédant les meurtres, mais il était impossible de prouver un lien entre ces meurtres et le mafioso de Montréal. Jusqu'à ce que Salvatore Vitale et Frank Lino, deux membres de la Famille Bonanno, soit arrêtés pour meurtres et décident de collaborer avec la justice. En plus de ça, le boss des Bonanno, Joe Massino, devint lui aussi informateur en janvier 2005. Massino risquait la peine de mort pour plusieurs crimes. Malgré sa collaboration, il fut condamné à la prison à vie.
Le 11 février 2005, la police italienne anti-Mafia accusa Vito Rizzuto et quatre mafiosi d'être coupables de blanchiment d'argent.
Le colonel Paolo LaForgia a indiqué que les cinq personnes tentaient d'obtenir un contrat en vue de la construction du pont de Messine devant relier la Sicile et l'Italie continentale.
Ce projet coûte plusieurs milliards de dollars. Les autorités italiennes n'ont pas encore exigée l'extradition de Rizzuto. Depuis son arrestation, Vito Rizzuto est resté incarcéré, attendant d'être jugé. Après avoir passé plus de deux ans derrière les barreaux au Québec, Rizzuto a été extradé aux Etats-Unis le 21 juillet 2006 pour être jugé pour les meurtres en 1981 des trois capi New-yorkais. Le procès est en cours actuellement.
Jos Di Maulo est actuellement à la tête de la faction calabraise de Montréal. Quand à la faction sicilienne, il est possible qu'elle soit actuellement dirigée par le fils de Vito, Nicolò. "